Quand le professeur Li Fuxing m’a proposé d’exprimer ma vision des enjeux sanitaires et écologiques liés à l’eau, j’ai accepté avec joie. Sa confiance m’honore. Monsieur Li et moi-même avons pour but commun de trouver ce qu’il y a de mieux pour améliorer la santé humaine et ainsi, celle de notre planète.
L’article qui suit présente ma vision de la problématique actuelle de l’eau à l’échelle européenne. Il prend en compte les enjeux financiers liés à la production de l’eau et à sa commercialisation, les risques associés aux modes de conditionnement de l’eau et la fin de vie des bouteilles en plastique. Enfin, quelques idées y seront proposées afin de susciter peut-être des initiatives pour réduire la pollution en amont et en aval de la production d’eau potable et permettre ainsi un accès plus facile à la bonne eau.
Depuis longtemps en Europe, on s’est rendu compte que l’eau pouvait avoir des vertus curatives.
Les romains déjà, il y a 2000 ans avaient des thermes et connaissaient les qualités de certaines eaux pour soigner différentes maladies. En France, depuis le XIX ème siècle, les médecins recommandent à leurs patients de faire des cures d’eau, dans des localités où l’eau présente certaines caractéristiques chimiques jugées bonnes pour retrouver la santé. De nombreuses villes ont prospéré, avec cet afflux de touristes d’un nouveau genre : Vichy, Evian, Volvic sont quelques noms connus parmi les dizaines de stations thermales françaises.
Les recherches sur les vertus curatives de l’eau ont été nombreuses et variées. On peut citer à titre d’exemple, les travaux du physiologiste français René Quinton (1866-1925) sur les propriétés de l’eau de mer et son rôle curatif. Ses recherches mettent en évidence que l’eau de mer, loin d’être une banale eau salée, apporte tous les oligoéléments utiles à l’organisme humain. Les hôpitaux français de l’époque guérissaient des maladies jugées incurables en injectant aux patients un sérum d’eau de mer aux dilutions particulières.
Il s’agit là, on le voit, de moyens trouvés par la médecine, pour guérir avec différents types d’eau. Mais ne peut-on pas tout simplement renforcer notre organisme en buvant quotidiennement une eau qui est bonne pour la vie ?
D’ailleurs qu’est-ce qu’une « eau bonne pour la vie » ?
Il est intéressant de faire référence aux recherches du professeur Vincent, scientifique français spécialiste de l’eau et de l’alimentation. Pour le professeur Vincent, inventeur de la bio-électronique, une eau doit être faiblement minéralisée et offrir une haute résistivité électrique (Rô). Boire de l’eau très pure à très haute résistivité (> 6000 ohms) permet d’éliminer parfaitement les toxines et ainsi de purifier le sang.
L’eau doit également être légèrement acide. Un pH entre 6 et 7, est indispensable pour que l’eau remplisse convenablement son rôle de catalyseur de presque toutes les réactions biochimiques en permettant une bonne assimilation des vitamines, métaux, sels minéraux et protéines des aliments.
Enfin, elle doit avoir un coefficient d’oxydo-réduction (Rh2) faible oscillant entre 25 et 28. Celui de l’eau du robinet est supérieur à 30 à cause des traitements chimiques qu’elle a reçus.
En France, la concentration démographique et les productions industrielles et agricoles intensives ont entraîné la pollution des sols, celle des principales nappes phréatiques et de presque toutes les rivières. L’eau pure naturelle y devient donc un luxe aujourd’hui. On la trouve encore en abondance dans des villages d’altitude, préservés de l’activité industrielle et agricole. Mais tout le monde n’habite pas dans ces localités reculées.
La Bretagne par exemple, connaît un empoisonnement de tout ses cours d’eau et de ses nappes phréatiques.
Une des causes principales de cette pollution? La Bretagne représente 7% de la surface agricole française mais rassemble 50% des porcs, 50% des volailles et 30% des bovins. C’est aussi une grande région de production légumière, consommant beaucoup d’engrais azotés. Des centaines de ferme usines qui engraissent des millions d’animaux, se sont développées en quelques années dans cette région. Les déchets de ces élevages ont ensuite été épandus dans les champs comme fertilisants. De plus les boues toxiques des stations d’épuration des villes et villages alentours (dont on ne sait que faire) se combinent aux engrais chimiques et pesticides utilisés en excès dans les champs, achevant ainsi la contamination des derniers sols encore sains. Le lessivage de ces sols par la pluie a également pollué les rivières, les nappes phréatiques, ainsi que les estuaires. La contamination s’est donc étendue géographiquement. Des algues toxiques se sont développées de manière exponentielle et menacent chaque été le tourisme côtier et l’ostréiculture en France. La commission européenne a jugé que plusieurs bassins versants bretons avaient trop de nitrates. Elle interdit le captage de l’eau dans ces bassins et laisse jusqu’à la fin de 2009 pour trouver une solution. Faute de quoi, la France devra verser à l’Europe une forte amende et des pénalités de retard.
J’ai vécu deux années en Bretagne. Les mesures du taux de pollution chimique établies par les services de distribution d’eau dans ma commune étaient certes flatteuses, mais très incomplètes et n’abordaient pas les vrais problèmes. J’ai alors refusé de boire l’eau du robinet, commençant dès lors à acheter, faute de mieux, de l’eau en bouteille plastique.
Ce geste d’acheter de l’eau en bouteille plastique, est reproduit chaque jour par des centaines de millions de familles dans le monde. Il paraît aujourd’hui normal aux plus jeunes d’entre nous. Pourtant, acheter une eau conditionnée en bouteille plastique est une alternative coûteuse à de nombreux égards.
D’abord parce que l’eau en bouteille est plus chère que l’eau du robinet.
Ensuite parce que l’eau en bouteille n’est pas une garantie contre la mauvaise eau et qu’elle peut nuire à notre santé. En effet, de nombreuses marques d’eau dans le monde masquent la qualité de l’eau proposée et mettent en danger la santé du consommateur. En France, les règles relatives à la production d’eau en bouteilles sont plus sévères que dans beaucoup de pays, ce qui préserve encore la santé des consommateurs.
Enfin, parce que les pollutions engendrées par la consommation d’eau en bouteilles plastiques sont considérables et exponentielles.
En France, l’eau du réseau de distribution répond à certains critères précis de potabilité mais contient encore des bactéries, des virus, des pesticides, des métaux lourds, des médicaments et autres produits toxiques.
En ce qui concerne les médicaments, l’agence française pour la sécurité sanitaire des aliments (Afssa) a établi un protocole de mesures de 76 substances médicamenteuses utilisées chez les humains et les animaux (hormones, antibiotiques, anti-cancéreux, neuroleptiques, etc.). Les mesures sont en cours de réalisation. [source : Afssa , Décembre 2008].
Des mesures réalisées par d’autres laboratoires montrent déjà une perturbation anatomique et physiologique des animaux aquatiques. Certains poissons deviennent hermaphrodites. L’hypothèse retenue est que les hormones d’origine anthropique sont responsables de ces modifications.
Autre exemple, en ce qui concerne les produits chimiques, le conseil supérieur d’hygiène publique de France, reconnaît des risques de relargage dans l’eau, de solvants contenus dans les colles lors de l’assemblage de canalisations en PVC. Il émet des préconisations pour diminuer ces risques. [source : CSHPF, juillet 2003].
Nous sommes au début de ces recherches de toxicité et d’écotoxicité.
Nous ne connaissons pas les risques humains et écologiques liés à la consommation régulière de cocktails chimiques présents à très faible concentration dans l’eau du robinet.
Revenons à l’eau en bouteille, car il est important de comprendre les intérêts financiers en jeu dans ce business d’un nouveau genre.
Dans le monde, la vente de l’eau conditionnée est un commerce très lucratif pour les entreprises de l’agroalimentaire. Ce commerce repose sur deux principes fondamentaux :
Premièrement, l’eau est considérée comme une denrée alimentaire qui a été privatisée. La fourniture d’eau conditionnée en bouteilles est donc une alternative payante à l’eau courante souvent bon marché.
Deuxièmement, la recherche constante de la maximisation des profits conduit ces sociétés à utiliser un marketing redoutablement puissant pour s’imposer en un éclair, à des centaines de millions de personnes solvables.
Quand ces sociétés n’ont pas accès à des sources d’eau minérale naturelle, elles ont recours à l’eau du réseau de distribution qu’elles filtrent et purifient plus ou moins avant de l’embouteiller. Le coût de l’opération de pompage et d’embouteillage reste très faible par rapport au prix de vente. L’écart de prix entre une eau minérale naturelle et une eau du robinet filtrée (communément appelée eau purifiée) est par contre injustement faible.
Une technique de purification communément employée est l’osmose inverse. Mais l’eau osmosée est une « eau morte » sans aucun intérêt pour la santé. L’industriel y rajoute parfois des minéraux, mais les effets positifs sur la santé de cet ajout ne sont pas garantis. Le public abusé par des termes sécurisants, fait confiance aux embouteilleurs et pense acheter de l’eau bonne pour sa santé, puisque c’est écrit sur l’étiquette. Il finit souvent par faire son choix en décidant d’acheter l’eau la plus abordable.
En France, les eaux conditionnées sont principalement des eaux minérales naturelles ou des eaux de source qui ont reçu l’agrément du ministère de la santé.
Dans le cas d’eaux rendues potables par traitement, ceci doit être indiqué de manière explicite sans risque de confusion avec une eau de source ou une eau minérale (pas de reprise des termes minéraux, sources, ou dérivés) [Décret 89-369 du 6 juin 1989]. A la différence d’autres pays, on ne trouve pas en France ces eaux purifiées dans les rayons des grands magasins.
Les eaux minérales naturelles doivent obéir à des règles très strictes. Ainsi, il est arrivé que des eaux minérales autorisées il y a quelques années doivent cesser d’être vendues. En effet, l’adaptation dans le droit français d’une nouvelle réglementation européenne encore plus stricte, interdit aujourd’hui l’adjonction industrielle de minéraux dans l’eau minérale naturelle et l’eau de source. [source : Arrêté du 14 mars 2007, JORF n°81 du 5 avril 2007]
Toujours en France, le marché de l’eau en bouteille est ultra concurrentiel. Les consommateurs ont le choix parmi 110 marques d’eau plate, gazeuse ou aromatisées. Voici l’exemple d’un échec dû à une sous-estimation des règlements en vigueur en France :
Un célèbre groupe alimentaire avait créé sa propre marque d’eau en bouteilles à grand renfort d’argent et de publicité. Sans scrupules, ce groupe vantait les mérites d’une eau « rafraîchissante et pure » vendue au prix fort. Mais des analyses poussées révélèrent l’escroquerie, démontrant qu’il s’agissait d’une eau du robinet mal décontaminée présentant des dangers pour la santé. Devant la pression médiatique et les risques d’être poursuivi par les services de répression des fraudes, ce groupe fût contraint d’annuler la commercialisation de son eau.
En ce qui concerne les bouteilles en plastiques, leur fabrication nécessite beaucoup d’énergie et émet beaucoup de gaz à effet de serre (GES). De la production du matériau de base de la bouteille en PET (Polyéthylène térephtalate) jusqu’à l’injection-soufflage de celle-ci, on compte pour chaque tonne de PET une énergie consommée de 30 MWh équivalent et une émission de GES de 4,44 tonnes de CO2 équivalent [source ADEME-Ecoinvent]. Les recherches de réduction de masse des bouteilles sont des moyens de réduire un peu l’impact environnemental en termes d’énergie et de GES, mais resteront limités quand même.
Le transport de millions de palettes par camions est aussi consommateurs d’énergie. Les tentatives de transport par train ou bateau restent encore minoritaires dans le fret.
Le stockage des bouteilles présente encore un problème environnemental et sanitaire.
D’abord, quand l’eau est stockée dans les zones réfrigérées de magasins, ceci est consommateur d’énergie et émetteur de GES.
Ensuite, quand les palettes de bouteilles sont stockées longtemps, elles subissent des écarts de températures importants de plusieurs dizaines de degrés (jour/nuit et été/hiver). Les réactions chimiques qui se produisent dans l’eau au contact de tous les composants du plastique (polymère, monomères résiduels, additifs chimiques) sont encore mal connues. La mise en évidence de produits chimiques relargués dans l’eau en bouteille est délicate d’un point de vue scientifique. A l’heure actuelle, l’Union européenne a établi une liste positive des substances de matières plastiques autorisées à rentrer en contact avec les denrées alimentaires et avec l’eau [règlement (CE) N° 1935/2004]. Cette liste de référence établit des limites maximum de migrations de ces substances (monomères, additifs, auxiliaires de polymérisation, etc) rentrant dans la composition du plastique. La notion de LMS (limite de migration spécifique) reste difficile à généraliser. On se heurte aux difficultés de mesures conventionnelles et systématiques des LMS par les industriels et les autorités sanitaires (complexité, coût élevé, délai important). Cette difficulté peut en partie être levée par l’utilisation de modélisations numériques fiables reconnues comme officielles. Toutefois, une question se pose : qu’adviendrait-il si l’on démontrait que ces contaminants agissaient dès la première molécule sans tenir compte d’un effet de seuil ? En fait, on sait encore peu de choses de l’action chronique sur la santé de contaminants chimiques à dose très faible. Le travail n’est pas aisé. Il faut d’abord détecter précisément et de manière répétable ces contaminants chimiques. Il faut ensuite connaître leur origine. Sont-ils déjà présents dans l’eau avant l’embouteillage, ou sont t’ils le résultat d’une réaction chimique lors d’une utilisation incorrecte du contenant en plastique? Enfin, il faut démontrer qu’il existe un lien étroit entre la consommation d’eau en bouteille plastique et un risque de maladie quelconque.
C’est la raison pour laquelle les protocoles expérimentaux de nombreux scientifiques sont mis à l’épreuve et sont souvent critiqués, par les industriels directement ou par les scientifiques eux mêmes. L’enjeu est en effet énorme d’un point de vue économique et social, on le conçoit aisément.
Quant aux bouteilles en plastique en fin de vie, elles peuvent être recyclées, incinérées, enfouies ou abandonnées dans la nature.
Des procédés de recyclage existent qui vont du lavage à la dépolymérisation complète du matériau, en passant par la création d’un film en plastique vierge entre le plastique recyclé et l’eau. On peut en tous cas dire que, plus le procédé de recyclage est sûr, plus il requiert d’énergie et moins il est rentable autant sur le plan de l’environnement que de l’économie.
Le taux de recyclage des bouteilles plastiques PET est souvent bas, mais bien meilleur que le recyclage des plastiques en général. Les objets recyclés sont rarement destinés à être réutilisés pour le contact alimentaire. En effet, recycler des bouteilles d’eau en nouvelles bouteilles d’eau, n’est pas aisé. Il faut d’abord s’assurer que la filière de collecte est parfaitement propre, sans aucun mélange de plastique de nature différente ni de contamination extérieure. Imaginez qu’un utilisateur finisse une bouteille d’eau et qu’il la réutilise pour transporter une substance toxique (détergent, pesticide) avant de la jeter. Si cette bouteille est recyclée, elle risque fort de relarguer le polluant dans son nouveau contenu et nous n’aimerions pas le retrouver, même à l’état de trace dans notre alimentation.
Ensuite, les sollicitations mécaniques et thermiques des procédés d’extrusion et d’injection diminuent les propriétés physico-chimiques du plastique recyclé. Dans ces procédés le polymère et ses additifs se transforment en des molécules plus petites moins performantes. Et puis les encres des étiquettes ont une composition chimique complexe qui contribue à polluer le plastique recyclé.
On connaît déjà mal le comportement de migration des composants du plastique vierge, que dire alors des dangers de migration des composants d’un plastique recyclé ?
On voit donc qu’il est nécessaire de limiter les risques de contamination en maîtrisant l’introduction de plastique recyclé dans la production de nouvelles bouteilles.
En conclusion, le plastique vierge à contact alimentaire reste utilisé très majoritairement, ce qui conduit à produire encore plus de plastique pour les bouteilles.
Quant à l’incinération des bouteilles, elle a lieu avec les ordures ménagères. Le plastique PET de par son haut pouvoir calorifique (4MWh équivalent/tonne ; source Ademe-Ecoinvent) constitue un excellent combustible, gratuit qui plus est, qui maintient la température élevée des fours. C’est une solution idéale pour les sociétés gérant les usines d’incinération, car cela leur évite de payer des combustibles plus coûteux comme le charbon, le gaz ou le pétrole. L’incinération conduit à la création de GES (1,6 tonne CO2 eq/tonne PET ; source ADEME) et de nouvelles molécules très toxiques. L’air qui s’échappe des cheminées d’incinérateur reste encore pollué, malgré les meilleurs filtres.
Quant aux mâchefers d’incinération d’ordures ménagères, ce sont des composés hautement toxiques dont le retraitement est très onéreux. Ils sont souvent stockés en décharge ou revalorisés en sous-couche des routes. Soumis au ruissellement des eaux de pluie, ils génèrent un lixiviat toxique qu’il faut traiter à son tour, quand c’est possible et quand ce n’est pas trop tard.
Enfin, en ce qui concerne la mise en décharge des bouteilles dans des centres d’enfouissement, la solution n’est pas non plus idéale. Le plastique étant non biodégradable, il met des décennies avant de se dégrader.
Quant aux tentatives de bouteilles en plastique biodégradable à base de polymères issus de l’amidon de maïs et de fécule de pomme de terre, cela risque fort d’accroitre la détérioration de l’environnement.
D’abord parce qu’en produisant des plastiques à base de matière végétale, on se place dans le même problème que dans celui des biocarburants. On aura besoin de plus de terres cultivables, de plus d’engrais, de plus de pesticides, de plus d’eau et de plus d’énergie et tout cela engendrera encore plus de GES. Les pollutions des nappes phréatiques augmenteraient aussi. Rappelons que la production d’un kilo de maïs nécessite la consommation directe et indirecte de 900 litres d’eau [source : water footprint network]. C’est sans compter les risques de jacqueries à cause de la flambée des prix des denrées alimentaires. Tout cela pour uniquement satisfaire notre plaisir de consommation irraisonnée!
Ensuite, parce qu’il n’y a pas à l’heure actuelle de filière de compostage capable de séparer le plastique biodégradable du non biodégradable. Dans l’incertitude sur la capacité de recyclage et de compostage de volumes importants de ces plastiques biodégradables, le recours à l’incinération et à l’enfouissement augmentera. L’effet sera alors négatif pour l’environnement. Dans le cas d’un compostage réussi, le compost obtenu par biodégradation de ce type de bouteille doit être utilisé avec prudence. Les encres des étiquettes ne sont pas biodégradables. Et si elles l’étaient, quels seraient leurs impacts écologiques. Le plastique ne disparait pas complètement non plus, il se fragmente en une sorte de dentelle ou se décompose en micro granules. Tout ceci viendrait à contaminer encore les terres si on utilisait ce compost d’un nouveau genre. L’avantage de cette solution est encore une fois marketing et les vrais gagnants sont les industriels de la chimie.
Quant aux bouteilles abandonnées, on les retrouve échouées sur les berges des rivières, des lacs et des océans. On les retrouve surtout au fond de l’eau, car le PET, plus dense que l’eau, finit par couler. La pollution visible n’équivaut qu’à une infime portion de la pollution sous-marine.
Que retenir de cette présentation ?
Je pense que le niveau de consommation d’eau embouteillée en bouteilles plastiques est un excellent indicateur qui met en évidence d’abord, le niveau de destruction de notre environnement. Plus notre environnement est détruit, plus on a besoin de trouver des solutions alternatives pour rester en vie. La consommation d’eau en bouteilles est une solution alternative, parmi d’autres. Elle n’est pas forcément la meilleure comme je vous l’ai montré.
La consommation d’eau embouteillée est aussi un excellent indicateur de notre dépendance accrue aux multinationales de l’agroalimentaire. Si on laisse faire le marketing de ces sociétés, sans mettre des contraintes sévères sur la qualité des eaux vendues, les ventes vont exploser et la situation environnementale empirera, laissant la sécurité alimentaire à une élite.
La consommation exponentielle d’eau en bouteille met aussi en évidence notre incapacité à repenser et à reconstruire notre mode de vie de manière durable. Tout ce qui nous est présenté aujourd’hui, (notre mode de production agroalimentaire, nos biens manufacturés, nos emballages) n’est pas conçu de manière durable. En Occident ce mode de vie n’a pas changé depuis 40 ans. Au contraire, il s’est accéléré. Et voilà qu’on le retrouve maintenant imposé à la Chine avec les risques environnementaux et sanitaires associés.
Un calcul simple montre que la consommation de 1 million de bouteilles d’1,5l d’eau par jour, acheminées sur 100 km et incinérées en fin de vie, produit 230 tonnes d’équivalent CO2 et consomme 1GWh équivalent d’énergie. C’est-à-dire autant de GES qu’émettraient 20000 voitures de taille moyenne roulant 50km sur un parcours mixte ville/campagne. Il ne s’agit là que d’un exemple relatif aux bouteilles en PET. Si l’on étend ce calcul à tous les emballages et autres produits en plastiques, quel en est le résultat ?
Je fonde de grands espoirs sur la capacité de la Chine à trouver la meilleure solution possible pour sa population, pour son environnement, pour son économie. La Chine est un grand pays qui a tout pour réussir à créer un nouveau mode de vie plus durable. J’espère secrètement que la Chine y parviendra et donnera aux autres pays, de nombreux exemples réussis de la mise en œuvre de la vision écologique juste. Ainsi, elle servira de modèle écologique innovant aux autres pays, qui l’imiteront.
Voici quelques idées à développer pour favoriser l’accès économique à une eau de qualité pour tous:
Il est indispensable d’agir en parallèle au niveau de la pollution des sols et des cours d’eau.
-Revenir à une agriculture moins consommatrice d’eau tout en supprimant autant que possible les intrants chimiques. Il convient aussi de maîtriser les effets combinés de certaines plantes et arbres avec certains animaux (insectes, vers de terre,..) de façon à reconstruire un écosystème propice à la croissance des plantes.
-Repenser les processus industriels en optimisant leur consommation énergétique, mais aussi en supprimant tous les rejets nuisibles.
-Repenser la conception de biens manufacturés. Evaluer dès cette phase l’impact global sur l’environnement de leur production jusqu’à leur fin de vie. Le cas des bouteilles d’eau en PET est un exemple qui peut se généraliser à d’autres biens de consommation courante.
-La concentration démographique amplifie bien évidemment la complexité des problèmes à traiter. On peut néanmoins insister sur le développement de stations d’épuration d’un nouveau genre, complètement écologique qui évitent l’utilisation de produits chimiques et la production de boues toxiques encombrantes (dont le traitement a un coût élevé). Ces stations existent. Leur utilisation requiert seulement de nouvelles compétences.
-Privilégier un traitement des eaux écologique et proche des zones de contamination. Eviter les traitements chimiques d’envergure distants des zones de contamination.
-Filtrer plus finement l’eau en sortie des stations d’épuration et des usines de traitement. Cela évite la pollution chimique des rivières mais aussi la contamination du réseau de distribution.
Cette démarche de fond prenant un certain temps, agir en même temps pour :
-Trouver et exploiter de nouvelles sources d’eau minérales d’excellente qualité en amont d’activités humaines industrielles ou agricoles polluantes.
-Trouver de nouvelles techniques de production d’eau avec des quantités parfaites d’oligoéléments et de minéraux.
-Trouver un nouveau type de conditionnement inerte qui soit réutilisable de manière parfaitement hygiénique et dont la mise en service émette peu de GES. Déclinaison possible en citerne ou bonbonnes. Si ces contenants inertes d’un nouveau type donnent satisfaction, alors on pourra réduire rapidement la quantité de bouteilles plastiques vendues dans le pays au profit de ce nouveau type de conditionnement, simple, économique et écologique.
-Réintroduire l’usage des gourdes sans composants plastiques que le public conservera et qu’il pourra remplir très facilement auprès de marchands d’eau agréés par le gouvernement.